INSTINCT est une revue bilingue qui a l’ambition d’un pas de plus en relations internationales à travers différentes formes d’expression artistique issues principalement des scènes parisiennes et new-yorkaises. Au-delà de l’analyse en relations internationales au sens conventionnel, l’ambition du site est de mieux saisir les tendances artistiques afin d’en tirer des leçons utiles à un recadrage du politique. 

Dans un monde où les sondages d’opinion sont dépassés, le politique est-il à l’écoute de l’art ? Peut-il répondre aux exigences qu’elle traduit ? Le cas échéant, comment peut-il s’améliorer ? Quelles directions doit-il prendre ? Ce sont les questions que pose Instinct, en proposant à chaque fois un éditorial artistique, accompagné d’un éditorial politique.

On dit souvent que l’art, la mode sont des illustrations du politique. En réalité, je pense qu’il s’agit de l’inverse. Le politique peut puiser de l’art pour mieux comprendre les citoyens et anticiper les tendances. L’artiste ne s’inspire pas du politique mais plutôt de la réalité, sans les règles qui contraignent le politique ou l’institutionnel.

La Grande Bellezza de Paolo Sorrentino, un film de 2012, est sorti avant la chute de Berlusconi. Or, la tendance qu’il exprimait était celle de la déroute, fournissant des clés de compréhension importantes pour le politique. Pour faire un autre exemple, le retour de l’Impressionisme sur la scène artistique française est à analyser au prisme d’une prise de conscience encore plus profonde de la dimension existentielle de notre rapport à la nature et à l’écologie. 

Cette réflexion est née de mes cours en relations internationales où je sensibilise mes étudiants à l’importance des signaux faibles et des tendances lourdes en géopolitique.

Elle est née aussi de mon cours en communication sur la désinformation où j’enseigne que le mensonge est consubstantiel au politique, comme le croyait Arendt. Nous sommes dans une ère, celle de la technosphère, qui nous rapproche du mensonge. Je pense que nous avons le droit de nous rapprocher de l’art pour en tirer des leçons. 

Enfin, elle est née de mon expérience en diplomatie, des nombreuses photographies que j’ai pu prendre au cours de mes voyages et des dessins que j’ai pu réaliser. Je pense qu’il y a de nombreux points communs entre le métier de diplomate et celui de journaliste.

Paris et New-York car ce sont de lieux d’effervescence qui occupent, sur le plan géopolitique aujourd’hui, deux positions différentes sur l’échiquier international. Formée aux relations internationales par le prisme de la relation transatlantique, j’ai pensé qu’il manquait un focus transdisciplinaire sur une dichotomie grandissante.

Joeseph Nye est mort mais son soft power est plus vivant que jamais. Pour comprendre les transformations du monde, c’est du côté de l’art que la réponse est la plus efficace. Il ne s’agit pas d’identifier les œuvres d’art qui s’alignent sur un gouvernement ou un régime politique mais plutôt d’identifier les tendances pures que nos scènes artistiques dégagent. C’est à partir de ces tendances que le politique devrait nourrir sa réflexion.


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